CAROLINE PIERRE

DÉMARCHE

Les corps féminins dans l’espace public sont rarement regardés avec neutralité. Normés par le regard masculin dominant, ils deviennent objets de narration, de désir et de consommation. Mon travail cherche à brouiller ces assignations en intervenant sur leurs modalités de visibilité afin de troubler les récits et réinventer nos rapports à l’intimité. Ce travail prend forme à travers des autoportraits photographiques et l’altération d’images numériques par des interventions visuelles qui déplacent les conventions du regard.

L’anonymisation est au cœur de cette démarche. Elle ne vise pas à effacer, mais à soustraire les corps à une logique de reconnaissance normative et de consommation visuelle. En masquant les visages, j’interroge la manière dont l’intimité est construite, exposée et consumée. Je m’intéresse à ce qui subsiste lorsque le repère identificatoire disparaît, à ce que le corps peut encore dire en dehors des récits préfabriqués du désir. Loin d’être un geste de pudeur ou de retrait, l’anonymisation devient une stratégie de dévoilement différé, une tentative de réinscription des sujets dans une zone d’opacité volontaire.

Ce que je cherche, c’est une forme de présence située dans la perte de lisibilité. En refusant l’identification immédiate, je crée un espace où l’intime se  reconfigure : ni entièrement exposé, ni totalement dissimulé. Il s’agit de brouiller les seuils de lisibilité, d’habiter les interstices entre le visible et le dissimulé. Ce déplacement trouble les conventions du regard, notamment celui du spectateur, souvent formé à consommer l’image sans distance. Mon travail s’inscrit dans une dynamique de tension : entre visibilité et effacement, entre présence et absence, entre domination des codes et tentative de fissuration de ceux-ci. Cette tension devient un matériau en soi, un espace plastique où s’exprime la complexité du rapport au corps, au genre et à l’image.

Ce travail engage une relation étroite avec l’espace d’exposition. C’est dans la tension entre visibilité et dissimulation que le regard peut ralentir et que de nouvelles formes de présence peuvent apparaître. Ce n’est pas tant ce que l’image donne à voir qui m’importe, que ce qu’elle retient, dissimule ou trahit malgré elle, et la possibilité dans cet interstice de faire émerger un autre récit, plus trouble, plus libre affranchi des codes qui l’ont produit.

FORMATIONS

  • Programme court 2e cycle – Interprétation et médiation culturelle, UQTR, 2023
  • M. Sc. Gestion – Management, Scolarité terminée, mémoire non déposé, HEC, 2020
  • Baccalauréat – Arts visuels et médiatiques, UQAM, 2016

DÉVELOPPEMENT PROFESSIONNEL

  • Wellness as Pillar of Museum Programming, CAMDO, 2025
  • Musée et territoires, GREM, 2025
  • Langue des signes québecoise – 1, ASL, 2022
  • Favoriser la réussite éducative des élèves autistes, TÉLUQ, 2021
  • Accueillir des visiteurs en situation de handicap au musée, SMQ, 2021
  • Développer des stratégies ludiques et efficaces en contexte muséal, SMQ, 2020
  • Plateformes et outils de collaboration, ARTENSO, 2020
  • Bleu, jaune, rouge, dans l’art, Centre Pompidou, 2020
  • Pluralité des médiations culturelles, IRNS, 2019
  • Ruches d’art – 101, Concordia, 2019
  • Troubles d’apprentissages, ARLPHL, 2020

IMPLICATION

  • Secrétaire, Regroupement des médiatrices·teurs culturel·les du Québec, MCQ, 2021 – En cours

MENTIONS

  • Approche queers des arts, UQAM, 2022
  • Coup de coeur, Musée en quarantaine, 2020

ENCANS

  • Les Impatients, 2019, 2020, 2023-2025
  • Le chaînon, 2014

PUBLICATIONS

  • Rencontres, Musée d’art de Joliette, Chloé Desjardins et les auteurs.trices, 2023
  • Des images et des métissages culturels, UQTR, 2012
BOURSES
  • Projet culturel novateur, Ville de Joliette, 2013
  • Implication, CRDLJ, 2012